Comme chaque année, la Technology Review, vient de sélectionner ses 10 technologies émergentes 2009 : au programme logiciels intelligents, machines biologiques, nouvelles batteries et mémoires “révolutionnaires”…
Adam Cheyer, cofondateur de Siri, travaille à développer une nouvelle espèce de logiciel intelligent qui vise à créer “un moteur à faire” (do engine) plutôt qu’un “moteur de recherche”. Siri, qui s’inspire du projet Calo
financé par la Darpa, travaille à un assistant personnel virtuel qui a
pour but d’aider les utilisateurs à accomplir leurs requêtes plutôt
qu’à juste les aider à collecter l’information qu’ils cherchent. La
clef, explique Adam Cheyer est de prendre en compte le contexte : “Pour avoir un système qui peut agir et raisonner, vous avez besoin d’avoir un système capable d’interagir et de comprendre”,
explique-t-il. Le prototype logiciel qui doit être publié cette année
est destiné aux mobiles et ne proposera dans un premier temps qu’un
nombre limité de fonctions : une aide pour réserver un restaurant, un
billet d’avion ou organiser un week-end. Le logiciel est connecté à de
multiples services en ligne qui lui permet par exemple de trouver un
restaurant bon marché dans une zone spécifique d’une ville et de faire
automatiquement une réservation. Pour Dag Kittlaus, l’autre cofondateur
de Siri, d’ici 5 ans, chacun aura un assistant virtuel “auquel il déléguera une grande partie des petites tâches subalternes”
que nous sommes appelés à effectuer. Ce qui est intéressant dans leur
approche, c’est qu’ils ne cherchent pas à construire une intelligence
artificielle, mais à être pragmatiques, en essayant de trouver des
solutions pour nous aider à accomplir de petites tâches simples, mais
chronophages.
George Whitesides, professeur à l’université d’Harvard, travaille lui à des outils de diagnostics peu coûteux à fabriquer,
simple à utiliser et suffisamment robustes pour être utilisés n’importe
où dans le monde. Il est en train de mettre au point du papier, qui,
couplé avec des microfluides
,
est capable d’établir un diagnostic de manière simple et visuel. Il
suffit de déposer une goutte de sang ou d’urine sur le papier pour que,
selon les produits chimiques présents dans celui-ci, il change de
couleur et indique si la molécule qu’il détecte est présente ou non
dans l’échantillon. Le papier peut détecter différents types de
molécules selon la manière dont il est traité et le procédé exploite la
capacité naturelle du papier à absorber rapidement les liquides. Le
papier s’incinère facilement, ce qui permet d’éliminer les tests en
toute sécurité et sa simplicité d’emploi permet à des gens avec peu de
formation médicale de les réaliser. Le papier de diagnostic existe
déjà, notamment pour les tests de grossesse, mais Whitesides travaille
à élargir l’éventail des diagnostics réalisables : sur un même bout de
papier de la taille d’un timbre-poste, on pourrait ainsi tester un
large éventail de réactions à partir d’un minuscule échantillon.
Georges Whitesides travaille à développer des tests hépatiques et des
tests de maladie infectieuse, du type de celui de la tuberculose.
Han Cao, de BioNanomatrix, a produit une puce qui elle aussi utilise la nanofluidique. Sa puce serait capable d’ici 5 ans de séquencer l’ADN d’une personne en huit heures pour moins de 100 dollars, explique la Technology Review.
Stuart Parkin est lui spécialiste de la physique fondamentale des matériaux magnétiques chez IBM où il a contribué à multiplier les capacités de stockage des disques durs jusqu’à ce qu’en 2002, IBM revende son activité disque dur à Hitachi. C’est alors qu’il s’est mis à élaborer une nouvelle façon de stocker l’information via les nanotechnologies : une puce avec une capacité de mémoire égale à un disque dur magnétique, aussi résistante qu’une mémoire flash et avec une vitesse de stockage bien supérieure.
Michel Maharbiz a mis au point les premières machines biologiques en créant une nouvelle génération d’insectes cyborgs.
En implantant des électrodes dans des coléoptères pour contrôler leur
cerveau et leurs muscles, Maharbiz a réussi à piloter le vol d’insectes
à distance : créant des hybrides entre l’insecte et les puces, comme les appelle la Darpa (voir les explications techniques de Futura-Sciences). Donald Sadoway a conçu des batteries liquides capables d’emmagasiner l’énergie solaire en journée pour la redistribuer la nuit. Zhong Lin Wang
du groupe de recherche sur les nanotechnologies de la Georgia Tech
cherche lui à tirer avantage de l’énergie piézoélectrique à un niveau
nanométrique. L’effet piézoélectrique
consiste à produire de l’électricité via une action mécanique. Zhong Lin Wang cherche
à appliquer ce potentiel à une échelle nanométrique pour créer des
capteurs capables de tirer leur énergie des vibrations qui nous
entourent : le son des vagues, le vent, voire l’écoulement du sang
dans nos veines pourraient demain être des sources d’énergie. Wang
imagine ainsi des générateurs électriques tissés dans le tissu
permettant de charger un iPod en enfilant sa chemise. Reste que la
production électrique générée par ses nanogénérateurs est encore bien
trop faible pour cela, et il lui faudra encore quelques années pour que
la perspective qu’il dessine permette de générer suffisamment d’énergie
pour avoir des applications réelles.
Vivek Pai, du Groupe sur les systèmes en réseau de l’université de Princeton, a développé une nouvelle méthode de stockage de contenus pour le web qui vise à rendre l’internet plus accessible à tous, en stockant le contenu le plus fréquemment consulté. La technologie d’HashCache utilise le disque dur local pour mettre le contenu en cache afin d’économiser la bande passante, la mémoire vive et l’électricité des utilisateurs qui se connectent à l’internet, notamment pour les pays en voie de développement.
Nick McKeown, responsable du programme de recherche Clean Slate à Stanford, a développé un standard baptisé OpenFlow qui vise à refonder le fonctionnement du réseau. Sur l’internet, les routeurs et commutateurs qui font fonctionner le réseau sont bien souvent inaccessibles : leurs logiciels sont la propriété d’entreprises comme Cisco ou HP. OpenFlow permet d’accéder, de manipuler et de tester les routeurs et les commutateurs pour diriger le trafic sur les réseaux. “Aujourd’hui, la sécurité, l’acheminenement et la gestion de l’énergie dans les réseaux sont dictés par la technologie et il est très difficile d’en changer. C’est pourquoi l’infrastructure n’a pas changé depuis 40 ans”, commente le chercheur. Quand un paquet de données arrive à un aiguillage, le firmware contrôle la destination du paquet et le transmet selon des règles prédéfinies, explique la Technology Review. Une opération au cours de laquelle les opérateurs de réseau n’ont aucun contrôle. Tous les paquets qui vont au même endroit sont acheminés par le même chemin et traités de la même façon. Mais sur OpenFlow, les chercheurs peuvent préciser les règles : donner par exemple priorité aux e-mails vidéo ou établir et affiner des règles pour le trafic en provenance de certaines adresses ou à destination de certaines autres, leur permettant de mettre en quarantaine le trafic d’un ordinateur soupçonné d’abriter des virus par exemple. OpenFlow peut également être utilisé pour améliorer les réseaux téléphoniques mobiles. Destiné dans un premier temps aux administrateurs de réseaux de campus, ce type d’outil pourrait également, à terme, mettre à mal la neutralité d’internet.
Source : InternetActu - Hubert Guillaud